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Il me faut vous avouer quelque chose.
Depuis la mort de Chien Moche, je dois bien avouer que je n'ai pas pleuré. Bien sûr, j'ai versé une bonne grosse larme quand elle s'en est allée mais depuis, je dois vous confesser que pas une n'a franchi mes paupières. On pourrait croire à une certaine dureté de ma part voire même à une certaine malveillance ou à un désir de faire de l'audimat pour les esprits tordus mais il n'en n'est rien. La vérité est bien plus terrible.
Je pense bien entendu beaucoup à mon petit chien, mais chaque fois que je pense à elle, je n'ai aucun regret et c'est toujours un souvenir hilarant qui me revient en mémoire. Et ils sont nombreux les bons souvenirs. Aucun souvenir de moments difficiles ou autres. Même dans ses petites douleurs, elle savait se rendre comique ma petite boule de poils. Je donne pour exemple le jour maudit où nous avons tenté de lui couper les griffes.
Il était vraiment temps. Cejour-là, elle venait de faire une entaille dans la jambe de mon petit frère avec ses griffes ressemblant à s'y méprendre à des serres d'aigle. Nous prîmes donc la terrible décision de les lui limer un brin, juste pour attenuer sa dangerosité. Je la pris donc dans mes bras tandis que le petit frère sus-nommé allait chercher sa lime à ongles ( ce que faisait mon frère avec un objet si féminin me dépasse et de toutes façons je ne veux rien savoir). Bref, la bête allongée sur mes genoux dans une position typique de la soumission, celle qui dit : "Allez-y mettre, je ne suis qu'une petite crotte entre vos mains, faites de moi votre esclave" et ses yeux qui chantaient : "aime moiiiiiiiiii aime moi encoooooooooooooooooooooore". Accedant à ses plus profonds désirs, j'étais en train de la papouiller lorsque mon frangin se posa près de moi, lime à la main. J'aurais dû dire "arme à la main" car sitôt qu'elle vit le morceau de carton rapeux, la chienne se mit à hurler à la mort, à faire des Kaï Kaï et à remuer comme une folle. A telle point que je dus la lâcher avant d'avoir rien pu faire.Et là où on sent que ça fleure bon la comédie, c'est que le jour où je me suis approchée d'elle avec une scie sauteuse pour les besoins d'une photo, elle m'a fait la fête au risque de s'empaler dessus l'idiote... Ce petit animal était une grande comédienne, à l'avenir prometteur.
Le bain était également un moment de pure angoisse. Puant comme vous le savez, il fallait la laver régulièrement et malgré ça l'odeur persistait. (Normal c'était du goulot qu'elle refoulait, aucun vétérinaire au monde n'a jamais pu expliquer une telle ignominie, cela reste un très grand mystère). Les jours de bain, mon frère et moi-même tentions de nous armer de courage. Nous psalmodions des incantations magiques pour chasser le mauvais oeil de dessus le gosier maudit de mon toutou. Mais rien n'y faisait. Bref, une fois que nous avions revêtu nos tenues anti-bactériennes (celles utilisées en cas d'épidémie de peste), nous plongions l'animal par surprise dans un bain tiède. La bête toute excitée, heureuse comme Petite Fée au pays des Bisounours se mettait alors à batifoler dans l'eau, la gueule grande ouverte, riant comme une petite folle. Une fois la chose savonnée, nous la rincions et la sortions du bain. Commençait alors une lutte titanesque. Chien Moche était comme possédée. Elle se mettait alors à bondir partout, contre les murs, sur le lavabo et la plafond mêmeconserve des traces de son passage. Nous avions une petite technique bien à nous et fort utile nous permettant de la sécher sans y mettre les mains. Nous posions une serviette de bains à terre, il fallait alors la sceller de nos pieds. Elle se jetait alors littéralement dessus et frottait ses oreilles sur la serviette sus-nommée et ce pendant un long, très long moment. Il fallait alors s'occuper. On parlait beaucoup. La douche du chien a été l'occasion de nombreuses confidences.
Chien Moche faisait partie de ces êtres qui tout le temps chutent. Elle était capable de se prendre la même porte douze fois par jour et dans des conditions chaque fois similaires. Quand elle montait sur un lit, elle devait s'y reprendre à deux fois (la première fois elle se vautrait, la seconde on la portait), quand elle courrait à votre rencontre elle se gauffrait systématiquement, elle était cap' de se prendre des poteaux inexistants. J'ai plusieurs fois fait des malaises rien qu'à la sentir. Elle tombait régulièrement de mon lit, entraînant toujours la couette avec elle malgré ses deux kilos et demi. Elle était géniale!!!!
Aujourd'hui, quelques jours après sa mort, je n'arrive pas à ne pas rire, à ne pas moquer (gentiment) ses gaffes, je ne pleure pas parce que chaque fois que je pense à elle j'éclate de rire au point qu'un collègue m'a demandé : "mais t'étais préparée ou tu ne l'aimais pas?". Rien de tout ça mes amis, c'est juste que si je pleurais, elle trouverait le moyen de faire une connerie qui me ferait éclater de rire encore une fois...
J'aimais beaucoup ce petit chien, j'en ai beaucoup ri.
Maman a rendu visite à Chien Moche!
Dimanche, m'emmerdant sombrement, je décidais de céder à la requête maternelle et aux plaintes animales pour me rendre chez ma noble génitrice afin de lui faire mes hommages. Je pris donc le bus (1H30 de chaos et de virages dans de pittoresques petites routes bretonnes) pour débarquer à Plouézec City. Et je fus immédiatemment accueillie par Chien Moche!
Ma petite boule puante s'est jetée sur moi avec tant de fougue que j'ai manqué lui marcher dessus, je vous jure que dans les recoins de mon pauvre petit cerveau résonnait la musique de Shark mais en aigu, vous savez un peu comme si c'était Guizmo qui le fredonnait. Se tortillant comme un ver enragé (si, si ça peut arriver)(d'autant que la bête est aussi visqueuse et rebutante que le ver sus-nommé), elle a failli se vautrer deux ou trois fois. J'ai fini par reposer le monstre qui a aussitôt entrepris toutes les démarches pour remonter dans mes bras. Finalement, me voyant me diriger vers la maison, que je visitais pour la première fois, elle a fini par me devancer, et quand elle se retournait pour me regarder, on lisait clairement dans ses yeux et son sourire (si, si, Chien Moche sourit) : "Viens je vais te montrer ma chambre!!!".
Après avoir humblement salué mon papy et ma mamie comme il se doit, je me suis assise sur le canapé. Qu'est-ce que je ne venais pas de faire? L'animal m'a foncé dessus et s'est immédiatemment accroché dans mon pull avant d'essayer carrément de me l'enlever selon toute vraisemblance, pour finir par se nicher dans le creux de mon cou et de l'inonder de bave. Résultat : mon pull est mort et sa salive m'a brûlée au deuxième degré. Mon frère assis à côté de moi a fait un malaise et ma belle soeur, elle-même, ne se sentait pas très bien.
(Bien entendu, il fallait lire "après la PROMENADE du chien", "promande" bien sûr, vous l'aurez compris, ne veut rien dire du tout...)
Parce que oui, je ne vous ai jamais expliqué! Mais le bonheur rend la bave de ce chien dix fois plus puissante. Plus elle s'enerve et plus ça pue, en gros. En général, on évite de lui faire de grandes joies, pour éviter ce genre de désagrément, mais bien souvent, elle se fait plaisir toute seule. On ne peut pas le retenir, elle se lance dans une course poursuite avec le chat et tellement contente d'avoir gagné (ou perdu c'est selon), elle empeste la pièce, c'est impossible de retranscrir par des mots la terreur que ces crises peuvent inspirer. Nous vivons dans la peur de son bonheur.
On a fini par passer à table, peu après après enfermé le chien dans le congèl' ( congélo, ce n'est pas que pour les enfants). On avait repris nos esprits, tout allait bien. Et soudain, en plein milieu du repas, devinez qui se pointe sur le buffet ??
Eh non râté, pas Chien Moche, ni Mamie d'ailleurs mais le chat. Le problème c'est que le chat était lui aussi dans le congélo. Une chape de silence s'est abattue sur la tablée (oh c'est joli, ça sonne bien). Nous nous sommes regardés les uns les autres, on pouvait lire l'horreur dans nos yeux. Une goutte de sueur perlait sur la tempe de mon frère. Et soudain, nous l'avons entendue. La petite goutte qui tombait, suivie immédiatemment après d'un trottinnement. Les ongles de ma petite chose qui résonnait sur le parquet. Impossible de s'y tromper, la louve qui est moi reconnaissait parfaitement les sons de sa démarche bancale avec son cul de travers et sa patte folle ou pas loin. Puis comme dans un film, mon frère a bougé lentement vers moi : "Elle est là, pas loin, je la sens, elle arrive" a-t-il chuchotté. Sa voix montait bizarrement dans les aigus sur la fin de sa phrase. Je l'ai giflé.
- Pourquoi t'as fait ça?
- Tu devenais hystérique...
Malgré tout, la scène s'est déroulée dans le plus grand clame. Inutile d'imaginer le moindre bruit de fond, il n'y en avait pas.
Puis soudain, on a vu une légère fumée verdâtre s'échapper de la serrure.
- Elle est derrière la porte!!!
Re-gifle, "Maman, calme-toi s'il te plaît"
Des petits bruits de griffes, un bruit de chute, un étrange tintement. Je tourne la tête et mon regard est attiré par l'origine du bruit, le couteau que mon papy a en main. Le pauvre tremble tant que le couteau heurte son assiette en rythme, ajouté à cela les bips de son appareil de tension qu'il a oublié d'enlever ce matin...Et bien, que voulez-vous? Re-baffe...Et mamie qui essaye de se glisser discrètement sous la table...
J'attends. Je suis aux aguets, les narines frétillantes et le poil hérissé. Je la sens, elle est tout prêt. Tout est trop calme. C'est la bonace. (Alors je m'explique sur ce point, ceux qui ont lu Corneille et plus précisément le Cid, sauront que la bonace ne désigne ici en aucun cas une minette de quatorze ans en combi string-mini-jupe-décolleté pigeonnant mais bien "le calme avant la tempête") Donc la bonace, c'est la bonace.
Puis c'est l'explosion.
La bête surgit dans la pièce! Elle se précipite au pied de la table pour nous inonder de son essence diabolique. Elle sourit encore et toujours, semant la mort sur son passage. Autour d'elle, l'air est stérile, son odeur a tué jusqu'aux microbes eux-mêmes! Elle est là, le poil luisant de sueur à lorgner sur nos assiettes en essayant de nous dépecer la cuisse avec ses griffes acérées. Mon frère s'évanouit. Le chien se jette sur lui pour voir ce qu'il y a graillé dessus. Mamie profite de la diversion pour sortir de sous la table et se cacher dans le congélo tandis que Papy court chercher son flingue planqué depuis 45 dans sa table de nuit. Mon frère est perdu. Ma mère et son mari restent immobiles. Quant à moi, je préfère les laisser là : le risque est trop grand. Un membre de notre famille au moins doit survivre! Il faut que le monde sache!
Je me suis donc enfuie de la maison familiale par un calme après midi d'automne. Aujourd'hui, si je suis là, c'est parce que j'ai eu le courage de tous les abandonner derrière moi. Mais encore la nuit, je l'entends. J'entends ses petites griffes qui grattent contre la porte du congèl'. Ma pauvre petite mamie...
Edit : Les secours sont arrivés, les voisins pensaient à une intoxication au monoxyde de carbone. Tous s'en sont sortis, mais faut voir l'état...
Il était temps d'expliquer à mon chat que m'offrir une miette de thon en hommage était vraiment très sympa mais franchement dégueulasse (voir à droite du décolleté). La bête en a profité pour regarder dans le fond de ma gorge, histoire de voir si je l'avais quand même manger (la miette de thon)
Alors forcément, Chien Moche voulait venir voir ça...Qu'est-ce qu'il est curieux ce clebs!
Hier, c'était le rendez vous bi mensuel de Chien Moche et du détergent savon. Je vous jure que je suis encore trop souvent tentée de faire l'impasse sur cet éprouvant challenge. Pour vous situer un peu, Chien Moche allongé fait la taille et l'épaisseur de mon avant-bras qui est plutôt freluquet. Donc être un avant bras pour un chien c'est pas beaucoup.
La date est généralement prévue à l'avance : Il faut se préparer psychologiquement ( sauf en cas de ballade sur la plage, là c'est mort, faut la karchériser, sinon elle pisse de l'eau et défèque du sable et du bois flotté pendant trois semaines (Chien Moche a la digestion un peu lente)) Quand le jour de la douche arrive, il ya une ambiance bizarre. Comme un flottement dans l'air quand le réveil sonne et que Chien Moche commence à s'éveiller doucement au pied du lit dans son sas anti-odeur.
En général, je me lève d'un coup, enfile des fringues vraiment pourries (mais alors vraiment, hein), j'attrape la bête et sans lui donner le temps de réagir et de me lècher le visage (yaaark!!), je la jette dans la baignoire, entourée au préalable de fils barbelés pour éviter qu'elle se blesse en se jettant contre les murs. Je dose la température de l'eau et la prend toujours par surprise ( de toutes façons, tout est une surprise pour Chien Moche, même se réveiller le matin). Je projette la pomme de douche vers elle et c'est parti! le cauchemar commence...
Elle court dans la baignoire, exécute un triple looping, se viande contre les barbelés, fout du sang partout, se fait des tresses entre les poils, chante ( si, si elle chante: "I'm singing in the rain"), coule les petits bateaux qui font floc floc sur l'eau, mange ce qu'elle trouve dans ses poils ( ce chien est un aimant à saloperies, Chien Moche, sainte patronne des éboueurs et des poubelles). Donc en synthèse, c'est une horreur. Et d'un coup, elle se calme. Mais vraiment d'un coup. au point que ça fait peur ! la première j'ai cru qu'elle avait fait un arrêt cardiaque et je me suis demandée comment j'allais expliquer à mon frère que j'avais tué son chien... je le voyais déjà ce message en lettres de sang :
"Marie m'a tuer"
oui, ce chien est illettré, je vous l'ai dit, il est con...
Donc une fois l'animal calmé et maîtrisé, je peux m'approcher d'elle avec le savon détergent karcher shampooing.
Et bien c'est une abomination. L'eau fait ressortir toutes les odeurs, elle ouvre grand la gueule pour respirer et me crache son haleine venu du fin fond de l'enfer en plein dans le visage. Je commence à lui frotter le dos et là elle se met à faire des bruits bizarres. la première fois, je l'ai engueulé, je croyais qu'elle me grognait dessus mais en fait non, pour elle c'est que du plaisir. Et c'est peut-être ça le pire. Y a des jours, je me dis que c'est pas juste que je fais des massages à mon chien et que lui, eh ben il m'en fait jamais!!!
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Mais enfin Marie, ne pleure pas!
ce n'est qu'un chien après tout!
Moui mais moi on me fait jamais de massages!
Mais si viens je vais t'en faire un moi...
Non mais ça a pas non? Gros dégueulasse!! Pervers!!!
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Après l'avoir rincée, elle rentre dans une espèce de transe comateuse, un état second où elle dodeline de la tête comme les petits chiens qu'on voit à l'arrière des voitures et qui sont tout rigolos et où y a forcément un des passagers qui gueule : "oh regarde le petit chien comme il est mignon" et où tout le monde fait "oh oui, oh c'est vrai oh c'est rigolo!" et où le conducteur crie soudain : "non mais vous allez les fermer vos gueules, y en a pas marre de gadouiller sur un clebs en plastique? allez tout le monde s'attache".
Donc comme elle est en transe, je la prends contre moi en essayant de ne pas respirer, je l'essore entre deux serviettes éponges ("hummmm c'est doux, c'est neuf? Non lavé avec NTM machine") et c'est toujours le moment qu'elle choisit pour baver. Pour vous dire, la contration acide de son jus de poubelles est telle que mon beau pull beige est foutu...
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NOOOOON? C'est ton pull???
moui...
Ah oui effectivement...c'est de la bave radiocative!! Oh mais pleure pas!
c'était mon pull préféré...
allez viens je vais te faire un massage...
NOOOOOOOOOOOOON
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Donc je pose l'animal par terre sur les tapis de bains que j'ai au préalable cloué au sol. Là elle se frotte les oreilles à terre, s'arrête, grogne et me regarde avec son air niais. Elle gratte le sol, elle essaie de s'enfouir sous la serviette de bains (râté, eh, eh, je l'ai cloué pauvre clebs!), elle court contre les murs (malin, j'ai traces de pas sur le plafond maintenant). Et là survient un truc vraiment étonnant : elle pète.
Oui à chaque fois que Chien Moche se sèche, elle pète. Elle a toujours ce moment de doute où elle lève la truffe au ciel, renifle autour d'elle. Soudain, elle sent quelque chose et se barre en courant, effrayée par sa propre odeur. Une fois j'ai fermé la porte...
J'ai dû la changer.
Donc je ne ferme plus la porte mais du coup, elle va ailleurs. Et là c'est la valse des coussins dans le salon. Elle m'a flinguée deux tapis et un canapé en quinze jours avec ses manies. Avant je la coursais. J'ai essayé aussi de barricader la salle de bains avec des sacs de sable mais le problème c'est que je me suis retrouvée avec une telle odeur dans la pièce que j'ai passé trois jours en soins intensifs quand on m'a retrouvée, anéantie par la puanteur.
Alors j'ai arrêté, je la laisse faire. Ma santé est plus importante.
Allez demain, je vous raconte comment je désinfecte la maison après la douche de Chien Moche!